L'anorexie du nourrisson : si si, ça existe ! (Vendredi Intello)

Publié le par maman ... mais pas seulement

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On connait tous la phrase de grand-mère " un bébé ne s'est jamais laissé mourir de faim ".

L'ayant moi-même tellement entendue, je tenais cette idée pour vérité scientifque jusqu'à ce que Musclor me rapporte la triste histoire d'une de ses collègues de boulot.

 

Une maman allaitait son enfant avec facilité et succès. En vue de sa prochaine reprise de travail, elle a engagé une démarche classique de sevrage de son bébé.

Comme c'est souvent le cas, bébé n'a pas apprécié le concept et ne voulait pas du biberon.

Forte de la fameuse vieille idée selon laquelle un bébé ne se laisse pas mourir de faim et confortée en cela par le premier médecin à qui elle a expliqué ses difficultés de sevrage, la maman ne s'est pas trop affolée.

Seulement les choses ont doucement dégénéré et le bébé a perdu trop de poids, continuant à rejeter le lait artificiel.

Le corps médical a considéré que le problème venait du comportement maternel et a décidé, en accord avec les parents, d'hospitaliser le bébé pour un sevrage à distance de la maman.

Le bébé a marqué le même refus d'alimentation et un diagnostic d'anorexie du nourrisson a finalement été posé.

Sa santé étant en danger, il a dû être transféré dans une unité spécialisée en nutrition où il est gavé la nuit avec la mise en place accélérée de la diversification alimentaire en journée.


 

Tout en sachant ces faits authentiques, je n'arrivais pas à y croire, persuadée jusqu'alors que l'anorexie ne se rencontrait pratiquement pas avant l'adolescence en tout cas surtout pas chez un bébé.

Ce témoignage m'a boulversée, je me suis remémorée le sevrage de Numéro 3 qui a été difficile au début puisqu'il refusait le biberon quand j'essayais de lui donner, même avec mon propre lait tiré, il ne voulait que mon sein.

C'est seulement avec son papa qu'il a finalement accepté le biberon et à force de patience et de nombreux essais. Je me disais toujours que de toute façon quand il aurait faim il prendrait le biberon ...

 

Perplexe, j'ai fait des recherches sur le sujet et j'ai lu des choses certes évidentes mais que l'on n'élabore pas forcément dans les moments difficiles :

 

L'alimentation répond à des besoins physiologiques et affectifs. Les tétées et plus tard les repas constituent une expérience relationnelle privilégiée, renouvelée plusieurs fois par jour. L'alimentation permet au bébé d'assurer ses besoins nutritionnels mais aussi de satisfaire l'activité motrice et sensorielle de la sphère orale et digestive et d’éprouver une sensation de plaisir.

Chez le nourrisson, un dysfonctionnement relationnel avec l’entourage s’exprime de façon privilégiée à travers certaines fonctions corporelles, en particulier celles du sommeil et de l'alimentation, ces deux aspects étant souvent associés.

 

L'anorexie du nourrisson serait relativement fréquente mais passe souvent inapercue.

Elle concerne l'enfant âgé de 3 à 24 mois mais sa gravité reste limitée lorsqu'elle ne dure pas et ne s'accompagne pas d'une perte de poids trop importante.   


Ce refus de s'alimenter ou avec difficulté coïncide le plus souvent avec un évênement particulier tel que le sevrage, un nouveau mode de garde, l'arrivée d'un frère ou d'une soeur ou des perturbations familiales comme une difficulté professionnelle d'un parent par exemple.

Cela peut même intervenir à la suite d'une simple poussée dentaire ou d'une maladie infectieuse banale comme la rhino.

 

Ce refus de prendre le repas ou avec difficulté est très vite anxiogène pour nous parents, il nous renvoie directement à une incapacité dans notre fonction primordiale de parents, notre rôle nourrissier et de protection de la santé de notre enfant.

Source d'angoisse, nous aurons tendance à vouloir contraindre notre bébé à manger par le biais ludique le plus souvent mais parfois même avec l'intimidation voire la violence.

 

En y réfléchissant, je m'aperçois qu'il m'arrive moi-même de me retrouver en conflit avec Numéro 3 au moment du repas.

J'ai tendance à tout de suite me mettre en colère s'il ne veut pas manger et à perdre patience très rapidement, surtout lorsque je sais qu'il ne fait jamais aucune difficulté avec des personnes extérieures.

Alors même que mon pépère serait plutôt très bien portant (du genre à exploser les courbes de taille et de poids), je suis tout de suite angoissée et j'ai une tendance naturelle à vouloir qu'il mange à tout prix.

 

Le moment du repas peut très vite devenir un enjeu important dans la relation parent-enfant et il ne faut pas hésiter à solliciter de l'aide en cas de difficulté que l'on juge importante comme une perte de poids marquée.

Un examen médical pourra dans un premier temps permettre d'éliminer un éventuel trouble organique, un problème physique qui peut être pris en charge médicalement.

En l'absence de problème organique, un accompagnement psychologique permettra le plus souvent de régler la difficulté.

Cela passe avant tout par la dédramatisation de la situation et lorsque les troubles sont légers (ceux que beaucoup d'entre nous connaissent, à la maison ou dans notre entourage), les consultations chez un médecin généraliste, un pédiatre ou un psychologue pour enfant sont suffisantes.

Au cours de celle-ci les parents pourront adopter quelques conseils adaptés au fonctionnement de la famille et au stade de développement de l'enfant. Il sera ainsi suggérer aux parents ou aux éléments familiaux proches de l'enfant de présenter les aliments et de les retirer sans commentaire quand l'enfant refuse de les absorber.

Il est nécessaire de laisser le nourrisson manger avec ses doigts et de lui apporter ses repas aux horaires qui lui conviennent le mieux. L'approche ludique donne souvent de bons résultats.


De façon générale ces troubles alimentaires nommés " anorexies communes " ont une évolution favorable à condition qu'elles soient prises en charge rapidement. Progressivement la prise de poids redevient normale alors qu'au départ elle était faible. 
Les parents ne doivent pas s'inquiéter si cette prise de poids, au départ se fait très progressivement car elle va en augmentant par la suite.

Si les troubles sont plus graves et la ré-assurance ne suffit pas à remédier à une perte de poids constante et trop importante, il pourra s'agir d'anorexie grave et une prise en charge médicale plus lourde devra être envisagée, ce qui était le cas de la situation que j'évoquais au début.

 

Pour plus de précisions, je renvoie aux références suivantes :

- Définition de l'Anorexie du nourrisson (Vulgaris médical)

- MF LE HEUZEY Hôpital Robert Debré (Paris)

Objectif 32 : Aspects psychologiques (normaux et pathologiques de l’alimentation et du sommeil chez le nourrisson. Rédaction : Michèle MAURY, Relecture : Alain LAZARTIGUES, Dominique SAUVAGE, Jean-Pierre VISIER 

 

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Commenter cet article

fleur 17/09/2011 12:37


Merci de ton très bon article, j'ai la chance d'avoir un bébé bien en chair et qui aime manger mais je me stresse quand même vis à vis de tout ce qu'il mange ...j'imagine le cauchemar des parents
qui essaie de nourrir leur enfant en vain..


maman ... mais pas seulement 17/09/2011 14:22



et moi ... je deviendrais zinzin, le peu que j'ai connu avec Numéro 3 alors qu'il était déjà grand a été hard, je faisais juste l'inverse de ce qu'il fallait : bon là ça va mieux mais pour ces
parents, j'imagine en plus le regard culpabilisant des gens sur les enfants grignets ... ça doit te finir !



Valérie 17/09/2011 10:07


Très intéressant cet article! Le grand est super difficile avec la nourriture, il n'a commencé la cuillère qu'à 1 an et encore aujourd'hui, il n'accepte de goûter que certaines choses... très peu
de légumes, pas de fruits, c'est un casse-tête pour lequel j'ai très peu de patience! "vous savez qu'il ne mange rien à la cantine???" oui je sais mais je ne peux pas le gaver de force! alors tant
que sa courbe de poids reste bonne, j'en prends mon parti en me disant que ça s'arrangera peut-être plus grand mais ce n'est guère satisfaisant!
Espérons qu'avec la diversification alimentaire de la deuxième, on arrive à progresser!


maman ... mais pas seulement 17/09/2011 14:19



C'est pas simple, surtout avec leur histoire de 60000 fruits et légumes par jour, ça nous culpabilise encore plus ... faut arriver à lâcher prise ... plus facile à dire qu'à faire.



Kiara 17/09/2011 09:27


Ma nièce préférait se laisser mourir de faim plutôt que de prendre un biberon. Ma belle-soeur n'a pas réussi à la faire téter autre chose que ses seins avant qu'elle commence la diversification.
Heureusement qu'elle avait pris un congé parental de six mois! Mon neveu prenait indifféremment les deux, biberon ou sein alors ma belle-soeur pendait qu'avec sa fille ce serait pareil. Non. Elle a
refusé. Maintenant, à 8 mois et demi, elle mange de tout, mais quelle joie de téter sa maman une fois par jour!
Moi j'étais une enfant anorexique (ça a bien changé) : je n'aimais pas manger.J'étais maigre, et souvent en anémie, mais je ne voulais pas manger. Ma mère me forçait. Je pense que forcer un enfant
à manger n'est pas on, ça peut ensuite poser des problèmes psychologiques. Depuis je fais souvent le contraire, je me gave... Mais je comprends qu'on ait peur pour eux.


maman ... mais pas seulement 17/09/2011 14:18



le rapport à la bouffe est compliqué, j'ai l'impression que bien plus de choses que ce que l'on élabore passent par ça : moi je me trouve toujours trop grosse, on a beau me dire que je suis
mince, j'ai toujours l'impression que ça déborde ... bon à part les nénés, là je reconnais que ça déborde pas du tout ...



MadameFrimousse 16/09/2011 23:56


Merci pour cet article. Je n'imaginais pas une seconde qu'un bébé puisse être anorexique. Pire, cette phrase, j'en ai usé et abusé, pensant bien faire pour rassurer des amies/mamans/blogueuses...
Et à lire ton article + les commentaires liés, ce phénomène est bien plus courant qu'on ne le pense...
Merci !


maman ... mais pas seulement 17/09/2011 14:16



Ben on sera au moins deux de moins à dire des conneries maintenant :)



maman bavarde 16/09/2011 20:23


whouaou...c'est fou ça, tu vois, je n'imaginais pas non plus...ceci dit le niaf, il serait plutôt boulimique du bib...euh, et de tout ce qui passe à sa portée...mais, sans m'affoler, si un jour il
commence à refuser la nourriture, je repenserais sérieusement à ton article! Merci!


maman ... mais pas seulement 17/09/2011 14:15



et moi j'y pense à présent à tout ce que j'ai lu, même si je n'ai plus vraiment de problème à la maison, j'essaie de me dire qu'il faut le prendre cool avec la bouffe ... pour une vieille
psycho-rigide comme moi, y'a du travail !